Mardi, 29 septembre 2015.

Les relevés visuels de l’OOT entament déjà leur deuxième mois et en cette journée pluvieuse, une première synthèse du début de saison est des plus appropriées. La fait marquant de ce premier tiers de suivi migratoire est certainement la quasi absence de fronts froids. En effet, entre le 24 août et le 23 septembre, un seul véritable front froid a traversé le Québec, soit le dimanche 20 septembre. Sauf cette exception notable, la météo a été au beau fixe avec une quantité surprenante de journées ensoleillées marquées par des vents sud et chauds.

Et pourquoi une telle fixation sur les fronts froids? D’une part, les vents du sud, sud-ouest qui précèdent ces systèmes de basse pression ainsi que les précipitations qui l’accompagnent ont pour effet d’arrêter la migration pour une période variant de quelques heures à une, voire deux journées complètes. Les oiseaux vont alors se concentrer en attente de bonnes conditions pour migrer. Or, ces conditions favorables apparaissent dans les heures suivant le passage du front, avec la présence de vents du nord, nord-ouest ou ouest.  Les oiseaux vont alors profiter de ces vents pour migrer en très bonne quantité. Les fronts froids les plus vigoureux vont généralement entrainer de puissants vents, ce qui va pousser davantage les oiseaux le long de la côte et parfois créer des mouvements impressionnants de passereaux et/ou de rapaces.

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Grive à dos olive capturée dans les filets de l’OOT. Photo par Pascal Côté.

En l’absence de fronts froids, les migrateurs vont malgré tout se diriger vers le sud, mais en quantité plus stable d’une journée à l’autre. Au niveau des stations de baguage, le tout peut avoir comme effet d’avoir une succession de matinées avec un nombre réduit d’oiseaux, puisque ceux-ci ne se concentreront pas le long de certains corridors migratoires localisés le long de barrières géographiques. Ce fut le cas à Tadoussac, jusqu’au 24 septembre.

En effet, lors de la nuit du 23 au 24 septembre, un faible front froid a traversé la Côte-Nord, engendrant une baisse marquée des températures et des conditions intéressantes pour la migration. 81 oiseaux se sont alors pris dans nos filets tandis que 745 rapaces ont été observés en migration! Il s’agissait du deuxième passage supérieur à 500 oiseaux de proie en moins d’une semaine.

Les rapaces

Grâce à ces deux passages et à quelques autres journées intéressantes, le total des rapaces pour ce premier mois de suivi est loin d’être déprimant. En date du 25 septembre, déjà 2502 Éperviers bruns ont été notés aux dunes. Et dire que la migration des adultes atteindra son pic d’abondance qu’après la première semaine d’octobre! On peut déjà affirmer que la bonne séquence pour l’Épervier brun se poursuit avec un total annuel qui surpasse les 2000 individus pour une 9e année consécutive.

Une belle surprise est le passage jusqu’ici de 575 Crécerelles d’Amérique. Après un déclin presque continu observé entre 2000 et 2009, la population de crécerelles nichant au niveau de la péninsule Québec-Labrador semble se stabiliser. On est en effet loin du creux enregistré en 2009 avec un décompte total de seulement 329 crécerelles.

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L’une des Petites Buses ayant migré le 20 septembre dernier. Photo par Olivier Barden.

Du côté des Petites Buses, les espoirs étaient bien minces d’avoir un total intéressant cette année, avec l’absence de passages notables entre le 1er et le 15 septembre. Entre 1996 et 2014, tous les mouvements journaliers supérieurs à 400 Petites Buses ont eu lieu avant le 15 septembre, sauf une exception en 1997, avec une migration de 734 individus, le 17 septembre.  Or, la fameuse journée du 20 septembre aura fait mentir les statistiques avec le passage de 447 buses. Le lendemain, 148 autres individus ont aussi migré, faisant de ces 2 journées le plus tardif passage de Petites Buses de l’histoire de l’OOT! Le total annuel pour 2015 s’élève finalement à 798 oiseaux!

D’autres espèces s’enlignent aussi pour connaître une bonne saison. C’est le cas du Faucon pèlerin avec 44 individus (moyenne annuelle de 57), du Balbuzard pêcheur (161 individus) et le Busard Saint-Martin  avec 213 individus, ce qui surpasse déjà la moyenne de 146 busards notée entre 1996 et 2014.

Les passereaux

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Une Paruline obscure. Ici photographiée au printemps.

On le répète souvent, mais l’OOT est aux premières loges pour observer les effets de l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette sur la faune aviaire et l’automne 2015 présente déjà des données fort intéressantes en ce sens. Ainsi, du 24 août au 25 septembre, pas moins de 877 Roselins pourprés ont survolés les dunes de Tadoussac. Il s’agit et de loin, du plus grand nombre de roselins jamais observés à l’OOT pour cette période. À titre comparatif, l’an dernier seulement 12 roselins avaient été observés avant le 26 septembre.  Or, 2014 fut marqué par un passage record de roselins avec un décompte total de 4215 individus! On peut donc s’attendre à un mouvement significatif de roselins d’ici la fin de la saison.

Du côté de la Paruline obscure, Olivier Barden a noté le passage de 281 individus, ce qui est une nouvelle marque automnale pour notre observatoire. L’ancien record était de 170 individus en 2011 et la moyenne entre 1998 et 2009 n’était que de 5 individus par année!

Pour les autres espèces avec des nombres intéressants, notons le passage de 1807 Pipits d’Amérique (moyenne annuelle de 1201) , 568 Mésanges à tête noire et 1649 Chardonnerets jaunes.  Pour cette dernière espèce, il s’agit déjà d’un nouveau record annuel à l’OOT. L’ancienne marque établie en 2006 était de 1229 chardonnerets.  Quant au Quiscale rouilleux, les 122 individus migrateurs représentent un retour à la normale alors que les 2 derniers automnes plus de 400 quiscales avaient été dénombrés.

Au niveau des raretés, Olivier Barden compte déjà quelques belles surprises à son actif, soit 2 Gobemoucherons gris-bleu, 6 Dickcissels d’Amérique, 2 Tyrans de l’Ouest et 1 Bruant à joues marron!

Les nyctales

Le programme de surveillance des nyctales mené de nouveau par Geneviève Perreault, a débuté le 4 septembre dernier. Le début de saison a usé la patience de l’équipe de nuit, puisque seulement 12 Petites Nyctales et 1 Nyctale de Tengmalm ont été capturées lors des 16 premières nuits! Il aura fallu atteindre la nuit du 20 septembre pour avoir de l’action avec la capture de 6 nyctales. Depuis, le flux d’oiseaux est plus constant. La nuit du 24 septembre fut particulièrement bonne avec le baguage de 15 Petites Nyctales! Le total en date du 24 septembre est de 46 Petites Nyctales et 1 Nyctale de Tengmalm.

Par ailleurs, notons la recapture exceptionnelle d’un individu lors de la nuit du 25 septembre. En effet, l’équipe de nuit a eu la chance de capturer une Petite Nyctale baguée initialement à Berlinsville en Pennsylvanie, le 13 octobre 2012 en tant qu’individu ayant plus de 2 ans. L’oiseau a donc plus de 5 ans!

Cap-Tourmente

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Une surprise dans les filets de Cap-Tourmente. Un bel Épervier brun juvénile. Photo par Olivier Lauzon.

Depuis le 17 septembre, une nouvelle station de baguage de passereaux est en fonction à la réserve nationale de faune du Cap-Tourmente. Mis en place grâce à une subvention provenant du Plan de conservation national du gouvernement canadien, ce projet-pilote se veut aussi un excellent complément à toute visite à la réserve. Une guide-interprète de l’OOT est d’ailleurs sur place du lundi au vendredi de 10h à 16h et de 8h30 à 16h, les fins de semaine pour offrir une activité d’interprétation en lien avec le baguage.  La station est ouverte au public de 8h30 à midi, tous les jours. Les visiteurs sont donc invités à venir observer la manipulation des oiseaux!

Au niveau des résultats, seule la matinée du 20 septembre a été mouvementé avec la capture de 90 oiseaux. L’absence de front froid et le souffle régulier des vents du sud ont certainement ralenti la migration des oiseaux réguliers de la fin septembre (Paruline à croupion jaune, Bruant à couronne blanche, Bruant à gorge blanche, Roitelet à couronne rubis).

Du 17 au 29 septembre, seulement 487 oiseaux ont été bagués, soit une moyenne de 37 oiseaux par matinée, sur un total de 14 filets. Les trois espèces les plus capturées sont dans l’ordre, la Paruline à tête cendrée (61 ind.), la Mésange à tête noire (69 ind.) et le Bruant à gorge blanche (112 ind.).

Prévisions migratoires

Le front froid tant attendu est à nos portes! En ce mardi après-midi, un large front froid s’étendant du centre des États-Unis au nord-ouest du Québec se déplace tranquillement et traversera la province au courant de la soirée ou de la nuit, selon les régions.  On voit d’ailleurs sur la carte suivante que la ligne de front se situe à 13h30 au nord des Lacs Érié et Ontario, et qu’elle se poursuit jusqu’au nord du Lac-St-Jean. Une fois que ce front aura glissé vers le sud-est du Québec, les vents changeront de direction pour provenir du nord-ouest dans l’est de la province et du nord-est dans le centre du Québec. Ce changement de direction s’effectuera essentiellement pendant la nuit, ce qui pourrait favoriser un bon mouvement de passereaux si le tout se produit plus tôt que tard. Les dunes de Tadoussac pourraient connaître un autre bon passage de rapaces pour la journée de demain.

À suivre donc…

30sept2015